Muriel - Auteure - Nouvelliste

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Le compteur d'Ailes

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Le compteur d’Ailes :  80 pages - Quatrième de couverture

 

Une jeune femme, prostituée et illettrée, cherche à former des lettres afin d’écrire sa vie. Mais, en ce matin d’été, un appel téléphonique bouscule son projet et oriente sa journée vers un sens inattendu. Sera-t-elle en mesure de traverser les heures où l’erreur sommeille ?

 

L’histoire, évoluant dans un espace clos, se déroule en un seul jour. A travers le discours intérieur et les flashs mnésiques de l’héroïne, une multitude de déplacements jalonne cependant le récit.  De cette juxtaposition entre confinement et mouvement naît une intrigue colorée aux accents particuliers et tragiques.

 

Si vous souhaitez lire un extrait de la Nouvelle, c'est possible en cliquant sur ce lien :

 

http://www.youscribe.com/catalogue/livres/litterature/litterature-erotique/le-compteur-d-ailes-1979376

 

Extrait :

 

 

 

Ailes s’assit par terre, en tailleur, et se pencha vers la petite table basse et ronde. Un porte-plume à la main, elle s’appliquait à tracer des lettres claires et lisibles sur la feuille blanche. Lentement, les lignes se formaient sous ses doigts, courbes ou droites, liées et déliées. Elle prenait son temps, comme le lui avait indiqué son maître à penser du quartier, le voisin d’en face. C’était dur, car déjà ses muscles lui faisaient mal, de l’index jusqu’à la clavicule !  Ecrire était donc cela : avant d’être un art, une véritable prouesse physique nécessitant un entraînement digne des plus grands sportifs. Elle inspira, lèvres pincées, sur l’arrondi du « a ». Sur le jambage du « j », elle entrouvrit légèrement les lèvres et sortit le bout de la langue qu’elle alla nicher tout contre la commissure gauche.  Puis expira. Son corsage ajusté en satin rouge fit des plis juste au-dessous de ses seins trop lourds à porter. Dehors il faisait enfin jour. Le début de la journée s’annonçait radieux. Mais Ailes n’ouvrit pas immédiatement les persiennes. Concentrée sur son écrit, elle préférait laisser filtrer la lumière à travers l’enfilade des petits trous du rideau métallique. Et sentir la nuit s’achever ainsi par touches successives, effleurant çà et là de leurs clartés graciles la table en laqué noir, le tapis grenat au velours élimé, le paravent blanc cassé aux contours racornis. Et surtout regarder danser les faisceaux incandescents sur son corps.

« Tu es droitière » avait déclaré son professeur particulier d’en face. Il lui avait fait subir plusieurs exercices de « traçage », en premier lieu avec la main gauche, puis avec la droite. Devant les gribouillis exemplaires produits par la main gauche, le verdict était tombé, sans appel. Et, d’une certaine manière, bien qu’il se défendît de toute ségrégation, le maître semblait satisfait.

 

Après cinq minutes d’effort, la première phrase fut achevée. Loin des regards magistraux, Ailes contempla son œuvre puis l’acheva en marquant le point final. Elle souriait.

 

« Jé toujour été come sa. »

Il s’agissait à présent d’aborder la deuxième phrase. Ailes hésita. Arriverait-elle à écrire sa biographie comme le lui avait si bien suggéré son voisin ? Depuis l’enfance, le cumul des années de vie augmentait la somme potentielle des lettres à tracer. Du moins, pensait Ailes.  S’ajoutait à cette difficulté, une autre de taille. La jeune femme, du haut de ses trente et un ans, s’aperçut que ses idées s’entrechoquaient plus vite qu’elle n’écrivait. Le temps de déposer sur sa feuille le message secret, un nombre impressionnant de phrases à peine conçues dans sa tête mouraient en elle sans avoir vu le jour.

 

   - Tu t’en tiens à ce simple fait, lui avait susurré le maître tout en lui caressant l’échine. 

 

Puis elle avait fini de réfléchir dans son lit.

 

 

 



17/11/2013
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