Muriel - Auteure - Nouvelliste

Muriel - Auteure - Nouvelliste

Art graphique

 

 

 

 

 

 

Encre sur plaque transparente. Travail autour de la lumière. Études.

 

 

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12/10/2018
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La flamme épistolaire - nouvelle courte.

La flamme épistolaire

 

Aline tira vers elle la lourde porte en bois de chêne. Elle dut, comme à l’ordinaire, bloquer le battant avec son épaule, amorcer une circonvolution autour de l’obstacle tout en le maintenant à l’aide de son pied droit. Lorsque l’ouverture fut suffisante, elle se faufila dans la pénombre de l’église. L’odeur prégnante des cierges allumés, qu’elle aimait, caressa ses narines. D’un geste machinal, elle releva la voilette de son chapeau, tandis que ses escarpins à talons carrés effectuaient une trajectoire connue à travers le pavement irrégulier de l’édifice. Le cœur lassé par les larmes du matin, elle hésita devant un prie-Dieu, mais n’eut pas le courage d’abîmer son âme dans l’oraison. À hauteur de l’autel, elle s’agenouilla cependant devant le crucifix, puis se dirigea résolument vers le confessionnal où l’attendait monsieur le curé. Avant d’entrer dans l’isoloir, la jeune femme inspira fortement puis écarta le rideau de dentelle blanc. Elle entendit le frottement imperceptible de l’aube, n’osa bouger davantage tant ses propres mouvements lui parurent assourdissants. Mais, tandis que son esprit oscillait entre la génuflexion et l’humble position assise, la porte de la petite grille s’ouvrit vivement.

La voix familière du père pénétra les pensées humides de la pénitente :

« Prenez place sur le banc, ma fille ! »

Elle se soumit à la douce injonction de l’homme, réconfortée par la décision qu’il avait su énoncer pour son propre bien. Elle posa ainsi délicatement son âme esseulée, dans un coin de la pieuse alcôve, le dos droit, les mains posées sur ses genoux serrés. Les lèvres ne se desserrèrent pas avant un temps défini, savamment élaboré au fil des échanges hebdomadaires entre Aline et monsieur le curé. Ce dernier avança un visage raisonnable et mature tout contre la grille de séparation. Elle crut entrevoir un fin sourire.

« Toujours fidèle au rendez-vous, assurément !

— Tout comme vous, mon père », chuchota la jeune femme.

Imperceptiblement, elle avait tendu le cou vers le panneau à claire-voie, il devina son souffle léger.

« Oh, mon rôle sur cette terre est assujetti à des rituels et des heures fixes, tandis que vous… »

Pendant quelques minutes, à l’intérieur de l’isoloir, s’installa un silence pudique qu’Aline savoura les paupières baissées. Soulagée par la sérénité fugace de l’instant, elle risqua cependant ces quelques mots :

« Je n’ai aucun mérite… C’est si bon de parler…, et votre écoute… »

Il l’interrompit fébrilement :

« Montrez-moi votre main gauche, ma fille !

— Mon père, je n’ai pas pu, soupira Aline.

— Montrez la preuve de votre inclinaison maladive », insista encore le prêtre.

Elle défit lentement ses gants, tendit une main ornée de doigts effilés que l’homme contempla furtivement. Sur la peau diaphane de l’auriculaire brillait un saphir auréolé d’éclats de diamant purs. L’homme expira profondément, s’affala sur le dossier de sa chaise avant de murmurer, les dents serrées :

« Cachez-moi ça, je ne veux plus voir cette infamie ! »

Aline se retint d’éclater en sanglots, le temps de lancer, suppliante :

« Mon père ! »

Puis elle se mit à pleurer. Il écouta, les yeux mi-clos, le chant mélodieux de la source féminine, puis, apaisé, énonça lentement :

« Je devrais vous châtier à coups de verges ! Est-ce par amour du luxe ou bien pour cet homme ordinaire que, visiblement, vous vénérez comme un dieu ? »

Haletante, la jeune femme articula cependant :

« Vous oubliez qu’Édouard est mon fiancé !

— Était ! » répondit laconiquement l’homme de foi.

À ces mots, le leitmotiv des larmes reprit son thème aérien, traversa le panneau à claire-voie, pour séjourner enfin dans la loge contiguë à celle de la jeune femme. Monsieur le curé éleva la voix :

« Parti on ne sait où, pour un retour hypothétique, vous perdez vos forces dans l’attente d’un fantôme. Croyez-moi ! Sous le couvert du courage, cet homme fuit votre présence. Ce n’est qu’un pleutre ! Où sont les lettres promises qu’Édouard ne vous a jamais écrites ? »

Aline, le nez dans son mouchoir, leva soudain la tête :

« Justement, je ne comprends pas ! Cela ressemble si peu à sa personnalité. Je vous assure que mon fiancé est un être empreint de droiture et de noblesse. Peut-être…, peut-être, lui est-il arrivé quelque chose ! »

Elle mit les mains devant son visage.

Monsieur le curé soupira de nouveau, secoua la tête, puis lança à l’adresse de son ouaille :

« Vous connaissez bien mal la nature masculine, ma pauvre enfant ! Tous ces jeunes hommes d’après guerre vivent selon leur bon plaisir, abreuvés de Coca-Cola et de rock and roll ! Ne vous leurrez pas, ce n’était pour lui qu’un jeu ! »

L’homme de foi s’avança vers la grille pour souffler une deuxième fois à l’oreille d’Aline :

« Ce n’était qu’un jeu… »

Puis tout redevint calme. Aline écarta une mèche de cheveux tombée fortuitement de son bibi à voilette. L’homme l’observait en silence tandis qu’un léger reniflement maquillait de lassitude l’âme de la pénitente. Le prêtre ouvrit la bouche :

« Il ne tient qu’à vous d’arrêter ce divertissement malsain, et je vais vous y aider. À présent, au nom de Dieu le Père, je vous ordonne de me donner cette bague que vos yeux ne peuvent cesser de contempler ! »

Aline secoua la tête tristement puis s’exécuta. Elle fit glisser doucement le bijou de son auriculaire, le garda quelque temps dans la paume de sa main, puis, un adagio au cœur, déposa le précieux objet devant l’ouverture grillagée. Il disparut tout aussitôt.

« Mon Père, que dois-je faire à présent ? questionna la jeune femme.

 

— Faites pénitence avec cinq « Pater » et dix « je vous salue Marie ». Puis revenez me voir la semaine prochaine. Vous serez étonnée de ressentir une liberté nouvelle. Vous remercierez Dieu. Allez, mon enfant ! »

Aline fit son signe de croix, se leva sans un mot, les mains nues posées fébrilement contre son sac à main. Elle remonta la nef à petits pas contrits. À hauteur du transept, elle tourna à gauche et sortit. Devant le porche, la jeune fiancée, défaite, fit une brève halte, humant, les yeux fermés, le parfum délicat d’un acacia tout proche. Une matinée printanière et ensoleillée s’achevait, délivrant aux rues avoisinantes un doux message de joie simple. Midi allait bientôt sonner. Lorsqu’elle souleva les paupières, Aline croisa le regard aigu du facteur qui passait subrepticement à bicyclette, tournant les roues en direction du presbytère. La vue de ce fonctionnaire jeta sur le cœur de la pauvre femme le voile gris de la tristesse. Une Berline passa, Aline s’en fut.

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Le père Bretelle sortit du confessionnal en toute hâte. Longeant le transept, il arriva dans le chœur, puis se retira par une porte dérobée. Ces églises gothiques recelaient de nombreux passages plus ou moins secrets. Le prêtre adorait arpenter ces couloirs tortueux et sombres, méconnus des autres hommes. Il lui sembla, au détour d’une ruelle intérieure, que son existence monotone, pour quelques instants seulement, revêtait un caractère singulièrement insolite. Dans sa paume, le bijou féminin sautait au rythme de la marche. L’homme s’amusa à le lancer très haut, puis à le rattraper par les deux mains avant de se faufiler dans la buanderie du presbytère. Il longea une galerie recouverte par une treille puis débarqua dans la cuisine. La femme de ménage, occupée à peler des pommes de terre, sursauta, comme à chaque fois.

« Mais d’où venez-vous ainsi, mon Père ? s’écria-t-elle, émue.

— C’est pour vous habituer, ma sœur. N’oubliez pas que l’ange Gabriel est apparu dans les mêmes conditions à notre sainte Mère la Vierge Marie. »

La femme haussa les épaules avant d’enchaîner :

« Le facteur vous attend. Il a un pli important à vous remettre de la part de l’Évêché. »

Monsieur le curé sautilla joyeusement.

« Dans la salle à manger ? » questionna-t-il.

La cuisinière hocha la tête en silence.

L’homme réajusta la ceinture de son aube, avant de se lancer dans l’unique corridor de l’habitation. Arrivé à destination, il ouvrit la porte. Le facteur attendait, la casquette dans ses mains. À la vue du prêtre, il sourit nerveusement et tendit aussitôt une enveloppe.

« Voici, dit-il.

— Très bien, mon fils, répondit avec allégresse monsieur le curé. Je vous donne mon indulgence plénière, plus un petit cadeau… »

Le fonctionnaire arrondit sa bouche muette, avant de recevoir dans le creux de sa main gauche une bague d’une valeur inestimable.

« Mais, mon Père… », ânonna le facteur.

Monsieur le curé cligna les yeux et chuchota :

« Mettez-la au dépôt sur gage. Même à moindres frais, elle vous servira à payer vos cinquante messes post mortem, plus quelques extra pour madame. Allez ! »

L’homme s’enfuit, presque effaré. Resté seul, le père Bretelle, la lettre entre ses doigts, se dirigea vers un coffret, l’ouvrit, y déposa, au milieu d’autres, la flamme épistolaire d’Édouard. Puis il s’assit dans un fauteuil, saisit une Bible posée sur une table adjacente. Un signet de cuir marquait un passage choisi. Recueilli, l’homme de foi lut à voix basse :

Je te fiancerai à moi pour toujours ;

Je te fiancerai dans la justice et dans le droit,

Dans la tendresse et la miséricorde. Osée 2-21.

Le visage d’Aline dansa devant le regard vibrant du prêtre, puis il referma le Livre saint.

 

la Flamme épistolaire a reçu le premier prix international des Arts et Lettres de France dans la catégorie Nouvelles en 2016

 


05/10/2017
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Séance à Venise - nouvelle courte.

 Séance à Venise
 
 
En ce début septembre deux mille quinze, je m’installais pour une année dans l’immense appartement de Tatiana. Ma jeune collègue partait effectuer une longue formation à l’autre bout du monde. Elle m’avait téléphoné peu de temps auparavant et m’offrait l’opportunité de humer l’air marin de Venise. Sa principale inquiétude, disait-elle, était certes de laisser sa clientèle à laquelle elle était fortement attachée, mais surtout de perdre les intérêts financiers que les séances dans son cabinet lui permettaient de gagner.


- Tu comprends, je dois m’acquitter de mon crédit immobilier ! 


Je comprenais fort bien et sautais sur cette occasion inespérée de m’échapper du marasme dans lequel je m’étais installée après mon divorce d’avec Vincent. J’acceptais sans repentir, réfléchissant à peine. Il y avait beaucoup d’avantages à honorer une telle proposition. Ainsi, le pacte fut scellé. J’occupais les lieux sans restriction, m’occupais des plantes, du chat, des clients, de l’atmosphère de la ville… Les honoraires des séances en tant qu’astrologue me revenaient de plein droit.  J’avais toute la confiance de Tatiana. Il eut été idiot de refuser.


Le cabinet se situait dans l’appartement. Ce dernier, exposé est-ouest, baignait, les jours de beau temps, dans une lumière blanc doré du matin au soir. Il suffisait de suivre le soleil en se déplaçant de pièce en pièce. Et faire le trajet inverse lorsque l’ombre seyait davantage à mon humeur. À peine franchi le seuil, j’aimais sans réserve cet endroit. Le bonheur suprême restait le lever du jour. J’ouvrais les fenêtres et contemplais la lagune sur fond de cris de mouettes. Le visage de Vincent s’estompa ainsi imperceptiblement. Il perdit bientôt toute consistance réelle. Venise possédait cette force étonnante et douce d’effacer la mémoire de ses habitants pour revêtir leur âme de songes. Au fil des semaines, je devenais une page blanche prête pour l’écriture d’une histoire insolite. J’étais loin de me douter que ce nouveau récit éveillerait en moi la trace d’une mémoire bien plus ancienne que celle de mes années passées en compagnie de  mon ex-époux.
Afin d’étayer son argumentation sur l’avantage d’échouer chez elle, Tatiana avait clamé dans son cellulaire  que j’étais en terrain conquis avec l’horloge astrologique de la Piazza San Marco.


- Regarde-la tous les jours, elle te transmettra le savoir des Anciens et t’apportera la réponse aux questions les plus insolubles, avait-elle renchéri encore.


Bien qu’en matière de connaissance, il m’était plus facile d’ouvrir un livre, je m’adonnais cependant à l’exercice proposé par ma jeune amie et méditais sur mes séances en face de l’édifice.  L’horloge avait comme particularité de tourner autour d’un zodiaque et de décrire les différentes phases lunaires au cœur d’un cadran découpé par tranches de vingt-quatre heures. Une merveille technologique sans précédent monté de toutes pièces au XVème siècle. Je résolvais de la sorte bon nombre de particularités inscrites dans le thème de mes clients, puis, à l’approche du soir, descendais vers la lagune. J’éprouvais le plus grand délice à percevoir une légère inflexion de la lumière transformant ainsi le littoral contemplé la veille en un paysage inaccoutumé. La Sérénissime, de son illustre nom, était une femme aux humeurs changeantes, délivrant ainsi, à ceux qui savaient la regarder, la joie de vivre, la nostalgie des heures de gloire, le frémissement d’une beauté  en état de grâce. Et bien d’autres nuances où la saveur d’exister se fondait dans le décor d’un déclin qui se refuse.  
Les heures, les semaines passèrent dans ce climat de quiétude plate, jusqu’au jour où survint un étrange jeune homme en quête de sens.


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Le portable sonna au moment où je dégustais un plat de spaghettis, agrémenté d’un verre de Lambrusco. J’avais oublié de l’éteindre pendant ma pause-déjeuner et décrochai par automatisme.
Un homme toussant gras ânonnait d’une voix éraillée quelques mots en mauvais italien avec un très fort accent français.  


- Vous pouvez me parler en français, lui répondis-je, je suis française.


J’entendis, à travers le cellulaire, un superbe raclement de gorge accompagné d’un gros soupir puis :


- C’est formidable, j’ai frappé à la bonne porte !  


S’ensuivit un silence démesurément long pour une conversation téléphonique. Je résolus de relancer le singulier échange.


- Que puis-je pour vous ? questionnai-je légèrement agacée.  
- Évidemment, lorsqu’on s’adresse à une astrologue, un rendez-vous pour l’élaboration de son thème.


Le ton de voix, quoique perdu dans la masse de bruits gutturaux divers, était emprunt d’un certain dédain, qui, curieusement, fléchissait en petits halètements en fin de phrase.
Je n’avais guère envie de m’occuper de cet individu, mais soudain, pensant à Tatiana, m’apparut le but lucratif de la séance. J’acceptai par amitié.


- Convenons ensemble d’une heure et d’un jour !
- Que pouvons-nous faire de plus, nous sommes dans l’espace-temps ! répliqua mon interlocuteur.


Là, il a dû hausser les épaules, ai-je pensé. Je décidai tout à coup, en prévision des rendez-vous à venir, d’élaborer une parade vis-à-vis de cet énergumène.  


- Là, vous avez haussé les épaules, assurai-je avec ironie.


Je ne crus pas si bien dire et si vite, car à ma grande surprise, mon futur patient parut décontenancé. Il bégaya pendant d’éternelles secondes la lettre b. J’en profitai pour avaler une gorgée de Lambrusco.  


- Bien ! Faisons vite, arriva-t-il enfin à prononcer, j’ai besoin de quelques éclaircissements sur ma situation présente.  


Après avoir découvert, de manière inopportune, une  blessure existentielle derrière les airs empruntés de l’homme, ma voix se fit chaleureuse et maternelle :


- Je suis là pour ça.  Que dites-vous de demain à 15 heures ?
- Parfait ! me répondit-il.  


Il raccrocha tout aussitôt sans que je pusse connaître son identité, me laissant perplexe, quelque peu inquiète. L’idée me vint, comme il arrive dans de tels cas, de ne pas ouvrir à l’inconnu  au coup de sonnette fatidique.


Le lendemain à l’heure indiquée, sans une minute de plus, sans une minute de moins, on tambourina fébrilement  à la porte. Mon cœur sursauta tandis que le chat courut en miaulant jusque devant l’entrée. Dans mon application à vouloir rester la plus discrète possible, je fis le contraire. Choisissant  les lattes silencieuses d’un plancher plutôt craquant, je dérapai et, pour éviter de tomber, m’agrippai à la petite étagère dans le couloir. La fis tomber. Je me retrouvais par terre au milieu d’objets hétéroclites. Tout ce concert de chutes eut un effet sonore bien supérieur à l’annonce de la visite. J’étais cuite.
Mon patient, ignorant davantage encore la sonnette, frappait de plus belle à la porte. Il criait d’une voix forte :


- Que se passe-t-il là-dedans ? Ouvrez vite.


Comme je ne répondais pas, réfléchissant à l’attitude à adopter, l’inconnu, me croyant certainement inconsciente, appela les secours. Je me précipitai devant la porte d’entrée et ouvris sans faiblir.


- Vous êtes fou, que faites-vous ?  


Mais lui, parlant dans son cellulaire, annonça :


- Elle vient d’ouvrir, laissez tomber !


Puis, il raccrocha sans attendre de réponse, ce qui me donna à penser que là était sa marque de fabrique dans l’art de communiquer avec les autres. Je fus rassurée un bref instant et le fis entrer. Il passa devant moi le nez haut et les lèvres pincées, éveillant en mon âme un trouble lointain et  flou. Son allure vestimentaire n’apaisa en rien le mal-être qui peu à peu se distillait sournoisement au plus profond de ma chair. Habillé en gentilhomme du  XVIIIe,  mon visiteur s’adonnait à une gestuelle précieuse au milieu de ses dentelles et brocards en fils simili or. Il plongea sa main longiligne et baguée dans ses froufrous, en sortit un mouchoir finement brodé, lequel, après avoir effectué de multiples arabesques dans les airs, échut sous son œil droit. Il essuyait une larme.  


- Vous allez à une fête ? demandai-je timidement.
- Point. C’est pour le plaisir, me répondit-il avec un sourire mauvais.
- Veuillez me suivre, lui dis-je.


Le cœur battant, je traversais d’un pas irrégulier le fameux couloir sonore, mon acolyte aux talons. Le bureau m’apparut comme un îlot protecteur après un tel parcours semé d’obstacles et, me laissant choir dans le fauteuil, je bénis le ciel d’être encore en vie.


- Bien, je vous demande uniquement de me donner votre prénom, la date, le lieu et l’heure précise de naissance. Je dois entrer tous ces paramètres dans le logiciel. Votre carte du ciel va apparaître automatiquement.


Mon patient se racla la gorge.


- Prénom : Thierry, né le 22 septembre mille neuf cent quatre-vingt-dix à Chamonix. Heure précise : 20 heures 10.


Mes mains tremblèrent et ne purent saisir toutes ces données sur l’ordinateur. Le malaise omniprésent revêtit des contours beaucoup plus nets, s’achevant ainsi en une violente émotion. Derrière les traits du jeune homme se dessinèrent ceux d’un tout autre lui ressemblant sous des cieux plus anciens. Une jeune fille enlaçant un amour riait.  
Mon visiteur me regardait intensément. Ses yeux perçants émettaient une vive lumière que j’eus énormément de difficulté  à soutenir malgré tous mes efforts de maîtrise.
La voix d’en face, imperturbable et sèche, ajouta alors :


- Né sous X.


Cette dernière apostrophe, loin d’être l’ultime information nécessaire, fut la véritable flèche que me lança celui que j’avais reconnu comme étant mon fils.

 Séance à Venise a reçu le deuxième prix dans le cadre du concours Midi-Pyrénées, catégorie Contes et Nouvelles en 2014.


 
 


05/10/2017
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Invitation

 

Invitation

 

 

Ces manifestations littéraires donnent lieu, très souvent, à des rencontres insolites et des échanges très sympathiques !
Je vous propose donc de nous rencontrer autour de ma nouvelle parution

Assa, le Vénitien

 

le samedi 08 avril 2017 entre 13 h 30 et 18 h 00 à Cultura Balma, 5, rue de la Tuilerie, 31130 Balma - métro : ligne B, arrêt Balma-Gramont.
Aucune obligation d'achat.

A très bientôt :)

Synopsis :

26 août 1576. La peste noire décime la Sérénissime. Bravant l'interdit qui pèse sur sa communauté d'appartenance, Assa, jeune médecin juif, cherche, de nuit, à sortir du ghetto afin de porter secours à la femme qu'il aime.
A travers le parcours particulièrement dangereux de l'homme, est dépeinte une Venise agonisante, dont l'atmosphère putride contraste étonnamment avec la force d'un premier amour. Et c'est au cœur de ce décor sans fard où la mort révèle à l'homme sa finitude, qu'émerge la beauté des sentiments les plus purs sur fond de violence extrême.

 

 

Ce récit a obtenu le Diplôme d'ouvrage remarqué dans le cadre du Palmarès 1014 des Grands Prix internationaux d'arts et de poésie, décerné par la Société des poètes et artistes de France.

 

 

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05/02/2017
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Idée cadeau ! Assa le Vénitien est à présent disponible sur Amazon.fr

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Synopsis :

 

"26 août 1576. La Peste noire décime la Sérénissime. Bravant l'interdit qui pèse sur sa communauté d'appartenance, Assa, jeune médecin juif, cherche, de nuit, à sortir du ghetto, afin de porter secours à la femme qu'il aime. 

A travers le parcours particulièrement dangereux de l'homme, est dépeinte une Venise agonisante, dont l'atmosphère putride contraste étonnamment avec la force d'un nouvel amour. Et c'est au coeur de ce décor sans fard où la mort révèle à l'homme sa finitude, qu'émerge la beauté des sentiments les plus purs sur fond de violence extrême."

 

Ce récit a reçu le Diplôme d'Ouvrage Remarqué dans le cadre du Palmarès 2014 des Grands Pris Internationaux d'Arts et de Poésie, décerné par la Société des Poètes et Artistes de France.

 

 

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01/12/2016
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