Muriel - Auteure - Nouvelliste

Muriel - Auteure - Nouvelliste

Décryptage


Décryptage

le Compteur d'Ailes

Genèse de l'écrit ou l'écriture au service du récit

 

Contrairement aux précédents écrits d'alors, le Compteur d'Ailes n'a pas été conçu sur la base d'une thématique préétablie autour de laquelle s'est ensuite déroulée l'écriture - un peu comme on brode en suivant le tracé d'un dessin.

 

J'effectuais un bref séjour à Paris et décidais, au terme d'une après-midi bien remplie, de me reposer dans le chambre de l'hôtel. Arrivée à cette étape intermédiaire de détente où l'on perd la notion du temps, mais pas suffisamment pour sombrer dans le sommeil, l'histoire s'est imposée à moi, diamant brut servi cousu-main. J'avais ainsi dans le même pack, la thématique, le début et la fin du récit. Il ne tenait qu'à moi de me pencher et de ramasser le précieux trésor. 

 

De retour à Toulouse, trop consciente de la faillibilité de la mémoire, je m'attelais au travail de l'écriture. Restait un dernier point à éclaircir. Au vu des personnages mis en scène, quel langage adopter ? L'enjeu était de créer une atmosphère d'authenticité romanesque afin de donner au message final tout son effet.

 

Ailes est une prostituée, jeune, attachante et illettrée, qui évolue dans un univers miséreux. Pour cette raison, je ne pouvais utiliser un vocabulaire de salon qui, à mon sens, aurait dénaturé le cadre et rendu moins crédible la beauté intérieure du personnage. De fait, la verdeur lexicale de certains passages est un choix littéraire. Il s'entrelace avec un style plus poétique. Ce contraste permet d'évaluer le conflit sous-jacent entre la forme et le fond dans le cheminement d'Ailes. Ce qu'elle vit et son monde intérieur. J'ai cherché ainsi à déplacer le regard du lecteur entre ce qui apparaît aux yeux de tous (le sens commun des choses) et ce qui se joue de réel dans l'intériorité d'un être. 

 

Le choix du titre n'a pas été une mince affaire. Après plusieurs essais insatisfaisants, je m'arrêtais sur le Compteur d'Ailes. Au départ, j'avais nommé mon héroïne "Elle"La troisième personne du singulier traité comme un sujet impersonnel, me semblait idéal pour toucher du doigt la "carence d'être" de la jeune femme. Mais le titre avait déjà été utilisé ailleurs. Comme il était question également d'un oiseau dans le récit, j'adjoignais, à la sémantique d' "Elle", celle du volatile. Cela donna "Ailes".

 

L'histoire se déroulant sur une seule journée, la notion d'heure devint, de fait, essentielle dans l'approche dramatique du récit. Le compteur met en avant ce jour scandé par le temps dans sa marche inexorable et lente qui l'achemine vers sa fin. On peut comprendre également le terme "compteur" comme un clin d’œil au nombre des hommes qui sont passés par là.

 

Enfin, l'approche féministe du récit, susceptible de déplaire, aborde un type spécifique de conduite masculine que l'on ne peut, en aucune manière, assimiler au comportement de tous les hommes. 

 

Le 01 06 2014

 

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 Hymne à la solitude : genèse de l'écrit

 

 

 

 Hymne à la solitude est une fresque poétique construite en sept actes. A travers l'enchaînement de ses différentes séquences, une histoire se déroule sous forme d'un long poème écrit en vers libérés. Ce genre littéraire m'a semblé pertinent pour installer une atmosphère onirique et permettre la superposition de tableaux sans heurter la cohérence de la lecture.

 

• Pour cette raison, mon héroïne aborde un rivage et se retrouve soudainement dans un désert puis à l'intérieur d'une maison qui peut être une tente. Car le fil conducteur du récit - il s'agit d'une histoire cependant - est le désir d'une jeune femme en marche, à la recherche de cet homme qu'elle aime. Le temps et les lieux ne sont alors que des emprunts, des supports métaphoriques, pour faciliter cette quête et permettre la rencontre des deux protagonistes de l'histoire. Nos rêves sont ainsi construits : sans logique dans la succession des images, un message se délivre néanmoins dans et devant nos yeux endormis, qui appelle une interprétation, une signification à décoder... pour un meilleur réajustement du sens, une plus grande clarté.

 

• Chaque acte est un tableau narratif qui, en soi, peut trouver son achèvement et se lire séparément des autres tableaux. La narration s'exprime à travers la voix d'un narrateur anonyme se juxtaposant avec celle des deux personnages de l'histoire. Je me suis amusée à insérer dans le cinquième acte, un chœur - un peu à la manière des poèmes lyriques antiques grecs - démultipliant ainsi les voix narratives, témoins universels de la rencontre qui approche entre l'homme et la femme.

 

• Dans l'enchaînement des séquences, l'homme est un producteur de sens silencieux. Au cœur du discours de la jeune femme, il apparaît, prend forme mais échappe aux descriptions oniriques de la narratrice. Il ne s'enferme pas à l'intérieur de l'expression captatrice du regard de l'autre car, bien que ne produisant pas un discours explicite dans la narration - il ne raconte rien, ce rêve n'étant pas le sien -, la voix silencieuse de l'homme et surtout, ses agissements, sont en eux-mêmes discours et narration pour la femme et le lecteur.

 

• Dans la présentation des sept séquences qui unissent le texte, après quelques hésitations, j'ai préféré intituler chacune d'entre elles en insérant le terme "acte" - premier acte, second acte...- : les adjectifs ordinaux permettent l'agencement d'un ordre, sorte de guide temporel dans la lecture du rêve, par essence incohérent dans sa manifestation. Le désir est ce qui produit l'action. Il se situe, dans l'expression imaginaire - ici sous forme d'images - à la genèse de l'acte. Et dans la force qu'il exprime, le désir est en lui-même déjà un acte.

 

• Enfin, l'érotisme qui parcourt le poème trouve son point culminant au sixième acte, dans la rencontre entre l'homme et la femme. L'esthétisme qui l'enveloppe, à travers de multiples métaphores, jette un voile suggestif sur la scène, un peu comma la chaleur excessive d'un plein été trouble l'image et fait trembler les contours des corps. Le lecteur alors devine de qu'il suppose et connaît.

 

Le 15 07 2012

 

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25/02/2016
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